Par où s’enfuir, de Rûmi, Jalâl al-din Mohammad Balkhi

“Par où s’enfuir” de Rûmi
PAR OÙ S’ENFUIR ?
Chaleur de parole lui vint
À lui si beau. Par où s’enfuir ?
Dans le néant surgit le cri :
« Debout ! Debout ! » Par où s’enfuir ?

À la porte cent mille flammes
Et aussi cent mille flambeaux.
À la porte, qui ? À la porte
Qui est là ? Moi. Par où s’enfuir ?

N’est-ce pas moi, de l’intérieur,
Qui dit : « Mais qui est à la porte ? »
Et c’est moi qui frappe l’anneau
De la porte. Par où s’enfuir ?

Qui dit que je suis deux moitiés,
La violence en deux l’a coupé,
Si je suis un, alors je suis
Et huile et eau. Par où s’enfuir ?

Comment suis-je un ? Ma chevelure
Est cent milliers d’obscurités.
Comment suis-je deux?
Moi qui suis Lune claire. Par où s’enfuir ?

Autour du logis tu me cherches
Comme voleur de marchandises.
Voir plutôt le voleur qui vint
À mon soupirail. Par où fuir ?

Par chaque trou de cette cage
Je mets ma tête à l’extérieur.
J’arrache ma plume en tendant
Vers ton union. Par où s’enfuir ?

À l’intérieur de cette cage
Le corps brûla dans le désir.
Hors de la cage, à chaque instant,
Passe mon cou. Par où s’enfuir ?

Par Shams de Tabrîz,
Sans vin je suis ivre de mots.
Ou perroquet, ou rossignol,
Ou lys je suis. Par où s’enfuir ?

Dans Cette lumière est mon désir de Rûmî, aux Éditions Gallimard, 13ᵉ siècle, traduction de Jean-Claude Carrière, Mahin Tajadod et Nahal Tajadod