“Par où s’enfuir” de Rûmi
PAR OÙ S’ENFUIR ?
Chaleur de parole lui vint
À lui si beau. Par où s’enfuir ?
Dans le néant surgit le cri :
« Debout ! Debout ! » Par où s’enfuir ?À la porte cent mille flammes
Et aussi cent mille flambeaux.
À la porte, qui ? À la porte
Qui est là ? Moi. Par où s’enfuir ?N’est-ce pas moi, de l’intérieur,
Qui dit : « Mais qui est à la porte ? »
Et c’est moi qui frappe l’anneau
De la porte. Par où s’enfuir ?Qui dit que je suis deux moitiés,
La violence en deux l’a coupé,
Si je suis un, alors je suis
Et huile et eau. Par où s’enfuir ?Comment suis-je un ? Ma chevelure
Est cent milliers d’obscurités.
Comment suis-je deux?
Moi qui suis Lune claire. Par où s’enfuir ?Autour du logis tu me cherches
Comme voleur de marchandises.
Voir plutôt le voleur qui vint
À mon soupirail. Par où fuir ?Par chaque trou de cette cage
Je mets ma tête à l’extérieur.
J’arrache ma plume en tendant
Vers ton union. Par où s’enfuir ?À l’intérieur de cette cage
Le corps brûla dans le désir.
Hors de la cage, à chaque instant,
Passe mon cou. Par où s’enfuir ?Par Shams de Tabrîz,
Sans vin je suis ivre de mots.
Ou perroquet, ou rossignol,
Ou lys je suis. Par où s’enfuir ?Dans Cette lumière est mon désir de Rûmî, aux Éditions Gallimard, 13ᵉ siècle, traduction de Jean-Claude Carrière, Mahin Tajadod et Nahal Tajadod