Sarah Purneel Yeelen   -   Sarah Purneel Yeelen

Autre belle découverte à la maison de la poésie lors de notre concert, merci à Sarah d’être venue et Philippe, dont je n’ai pas su lire l’adresse sur le bout de papier laissé, au plaisir

Mon soleil noir

Chaque jour qui passe est comme un soleil dans lequel je me perds.

Ce soir j’apprends ta joie pour les voyages que je vis

Et les lunes que je compte.

Nous ne nous connaissons pas encore

Et je sais déjà compter les rythmes des battements de ton cœur,

Quand ton corps danse dans la mer.

Et le clair de tes yeux qui souffre comme une nuit sans étoiles.

Je sais déjà les lieux que tu n’as pas connus,

Et que tu aimerais connaître

Avec moi quelque part

Comme une liberté que tu m’as prise et que je t’ai donnée.

Je sais déjà les sons que tu vas me siffler quand je m’éloignerai du bord

Et que de ton corps, tu frôleras les soleils des solitudes amères.

Je sais ton corps par cœur

Sans aucun corps à corps.

Une nuit dans ta peau

Et je suis un soleil

Qui échappe à la terre des solitudes amères.

Combien de temps me faudra-t-il

Pour devenir cette femme, qui n’est plus une enfant.

J’entends tes mots qui parlent, et le bout de tes doigts

Qui chuchotent à mon corps,

De faire tourner tes mains.

Comme une roue, sur un sein blanc.

Je deviens un soleil.

Tu presses ma peau,

Orange.

Je sue de toi

Les gouttes tombent. Ça ressemble à la pluie.

Ou à quelque chose que je ne connais pas.

Un étrange courant d’air,

Est rentré dans mes os.

Et de tes silences,

Sortent tous les mots.

Aussi, ceux, que je n’ai jamais osé attendre.

Je t’entends crier sans voix

Et je te vois dans la pénombre

Comme une lune bleue dans un soleil d’argent.

Où sont tes mots ?

Où est passée ta voix ?

Où sont tes billes noires de verre ?

Dans quel coin tombent tes fossettes, de rire ?

Où caches-tu ton corps ?

Dans quel océan te noies-tu quand je ne suis pas là ?

Et je vois tes yeux qui nagent avec le temps.

Ton corps qui froisse au soleil

Comme un abîme de solitude.

Et tu photographies la mer

Tel, une lumière qui a peur de la terre

Dans tes ongles avec lesquels tu as creusé,

Coulent les sourires que tu as eus pour moi.

Image du temps, je te retrouverai

Je parcourrai les océans

Pour retrouver,

Peut-être,

Ne serait-ce que le flou d’une image de toi

Quand des profondeurs, je fixe le soleil.

Et je tournerai

Sur moi-même.

Jusqu’à confondre la Terre

Et le soleil.

*

Me olvido

J’ai oublié le temps qu’il m’a fallu pour t’aimer.

Celui que le temps m’a pris pour te dés-aimer.

La toile sur laquelle j’aurais voulu te peindre

Aux rythmes de tes sourires qui m’ont fait devenir moindre.

Je me souviens du temps où je cherchais ton corps.

Les nuits à la bougie je te crus parfois mort.

Je m’évanouissais presque à cadrer les fenêtres,

Les soirs des insomnies dont tu étais le maître.

Mes jambes ne suivaient plus.

Mes mains traînaient à terre.

Je devenais un peu sale, à aimer la poussière.

Je guettais ton ombre

Et m’accrochais aux portes.

Mes seins devenaient secs à ne plus donner d’amour.

Je broyais les pinceaux,

Renversais l’eau des couleurs,

En caressant les murs.

Je me nourrissais au lait.

Matin.

Midi.

Et soir.

En écoutant le bruit de la musique éteinte

Qui faisait dans ma tête comme une chose macabre.

Je mettais les rideaux noirs.

Aux portes, et aux fenêtres.

Aux fenêtres, pour ne plus voir le jour.

Aux portes, pour oublier de te chercher dans les serrures.

Et encore aux fenêtres

Pour ne pas croire ton ombre la nuit

Quand je suis l’insomniaque

Qui te guette aux bougies.

Et de fils et de ficelles,

Et de temps et d’aiguilles,

J’aurais voulu te coudre

Au bout de mes seins pâles.

Faire devenir de toi,

Ma lumière aux cymbales.